IL ETAIT UNE FOIS…
Dans un lointain royaume, des plumes par milliers… Certaines étaient en nacre et en argent, dans de douillets écrins de velours et de satin, et ne sortaient de leurs paradis de velours que pour frôler les parchemins les plus crémeux. D'autres, en bois et en acier, menaient la vie ordinaire des plumes de travail et s'abîmaient dans la trilogie "métro, boulot, dodo". D'autres encore, étaient étrangères, venues se réfugier dans ce royaume de paix et d'apparente prospérité et n'y connaissaient que l'amertume de l'exil et du mépris. Elles tentaient bien de faire admirer leurs formes exotiques et leurs parures basanées, mais nul ne voulait s'y intéresser. Enfin, des plumes déformées étaient reléguées au dépotoir ou aux greniers et y connaissaient tout le pas bon de la vie.
Seulement, dans ce royaume, une bonne fée avait dotée de la vie toutes les plumes. Et celles-ci prenaient vie la nuit, une fois que leurs maîtres sombraient dans le sommeil. Et les plumes de se rendre visite les unes aux autres, mais attention ! Les plumes de luxe ne consentaient qu'à se rendre à des thés de grande classe, où seules les plumes de luxe étaient admises. Les plumes de travail prenaient des apéros dans des bars populaires où l'on servait l'encre de Chine au godet. Les étrangères se retrouvaient en petit cercle d'étrangères et les plumes reléguées fondaient des clubs de marginaux où ne régnait ni grande joie ni grand espoir.
Cependant une plume médita un jour la parole d'un grand sage : "Quand le débutant est conscient de ses besoins, il finit par être plus intelligent que le sage distrait". Et elle eut une idée loufoque : si toutes ces plumes se mélangeaient, partageaient leurs savoirs et leurs connaissances dans un grand melting-pot. Elle partagea son idée avec d'autres plumes, qui acceptèrent de se lancer dans cette aventure inouïe ! "Le plus grand arbre naît d'une graine menue".
Et c'est alors que l'on vit, ô stupeur, des plumes de luxe rencontrer des plumes handicapées, et admirer les possibilités de celles-ci… Des plumes étrangères faisaient partager leurs plats les plus raffinés à d'autres plumes qui n'avaient même pas conscience de saveurs aussi délicates… D'autres plumes partageaient avec des plumes qu'elles n'auraient jamais croisés dans leur vie quotidienne… Et tout ce petit monde cohabitait dans la joie et la bonne humeur, en respectant les principes d'un grand sage calligraphe :"Créer, non posséder ; œuvrer, non retenir ; accroître, non dominer".
INTRODUCTION
HISTORIQUE ET CONTEXTE
Comment est né le REZO! de Mulhouse ?
Mme STELTZLEN pensait depuis longtemps aux questions de solidarité, d'interdépendance les uns les autres. Au début de l'année 2006, elle découvre les principes des RERS et la Charte des Réseaux d'échanges réciproques de savoirs.
Elle prend appui sur cette charte et ces principes comme une colonne vertébrale pour aller sur les terrains où les citoyens ne sont pas sollicités, ne sont pas reconnus dans leur interdépendance avec la "société". Des endroits où les personnes ne sont pas vues, reconnues, non aimées, comme si elles étaient "invisibles".
Autour de ce projet se sont rassemblés un certain nombre de partenaires, dont le Centre Socioculturel Porte du Miroir.
Les échanges individuels et collectifs se sont constitués à partir des personnes qu'elle connaissait et qu'elle rencontrait.
Dans la foulée, certaines structures ont contractualisées avec Mme STELTZLEN. La presse se fait l'écho des réalisations du REZO ! Et l'étape suivante est la création de l'association le REZO ! en Juillet 2008, association de Droit Local Alsacien.
Mulhouse est une ville de 110 359 habitants, au sud de l'Alsace. Elle a un passé industriel prestigieux mais a connu la crise. Elle héberge une importante minorité de populations étrangères (16 691) et de personnes à faibles ressources.
On constate un décalage entre les aspirations profondes des individus et les exigences d'une "société" de plus en plus normative, porteuse d'un dogme d'excellence.
On peut alors se poser la question : doit – on obligatoirement être conforme à l'image que l'on exige de nous, au mépris de nos propres valeurs, pour prétendre pouvoir être reconnu ?
Ce conflit intérieur engendre pour beaucoup, insérés ou non dans un microcosme social, un déséquilibre dû aussi à l'absence de reconnaissance de son originalité.
Il en résulte, bien souvent, un enfouissement de l'estime de soi avec des conséquences négatives pour l'individu: un déni de sa personnalité et un engourdissement de ses compétences.
Dans ce contexte, le "Rezo !" n'a pas la prétention de proposer la solution idéale, mais peut-être une opportunité d'envisager sa relation à soi et aux autres, sous un autre angle d'approche.
Il peut offrir une alternative en remettant l'individu au centre de ses préoccupations. Non pas dans un centrage unilatéral sur soi. Mais bien au contraire, en posant la question de la valeur, dans l'acte d'échange avec autrui, libre de tous jugements restrictifs et porteur de toutes ses potentialités enfin réalisables.
Cet acte d'échange avec autrui réalise la solidarité en tant qu'interdépendance des hommes entre eux. Le Réseau rend visible cette interdépendance en lui donnant une forme. Les échanges incarnent, donnent chair à cette interdépendance. Le partage de connaissances n'est que la partie émergée de l'iceberg, alors que la partie invisible recouvre les effets induits. Ces effets induits sont plus importants que les connaissances en elles-mêmes.
Que de trésors insoupçonnés dorment en nous !...
Pour étayer notre propos, nous partirons de la place de l'Homme dans la société. Après avoir constaté une dissymétrie, nous explorerons un bouquet de témoignages qui nous conduira à une synthèse sur un outil possible de la mise en œuvre de solidarité.
"Le plus grand arbre naît d'une graine menue"[1]
PREMIERE PARTIE
La place de l'homme : dissymétrie de la "société"
Nous vivons la réciprocité dans le REZO ! au niveau local, mais nous essayons de la construire au niveau régional et national. Pour nous, répondre à cette question" comment la réciprocité construit- elle la solidarité" ,c'est une manière de réciprocité, puisque nous apportons nos éléments de réponse.
La question de la réciprocité a soulevé beaucoup de débats lors d'une réunion de préparation des participants du Réseau de Mulhouse. La solidarité étant vue par certains comme complètement naturelle et n'étant pas sujette à discussion. Une participante de culture africaine jugeait pour elle la réciprocité" fondamentale", car il n'est pas question de prendre sans donner à son tour ni de donner sans prendre. Certains participants ne le comprenaient peut-être pas de la même façon.
Ensuite, un petit groupe de personnes intéressées s'est rassemblé autour de cette question et a mené une réflexion en deux étapes. Nous sommes d'abord partis de la place de l'homme dans la" société" pour constater une dissymétrie entre la construction du savoir en réciprocité et en échange marchand. Puis nous avons tenté d'explorer une facette de la réciprocité : la construction de solidarités.
I. Comparaison de la construction des savoirs en réciprocité et en échange marchand
Nous avons bien conscience de la limite imposée par un tableau , l'objet n'est pas içi d'opposer deux systèmes mais d'avoir un moyen technique qui permet une lecture rapide
Comment a-t-on construit les savoirs ?
RECIPROCITE
ECHANGE MARCHAND
La vie en trois dimensions ou d'autres?
La vie en deux dimensions
Echanges de savoirs : se construire en partageant, donc construction de soi et de l'autre en réciprocité
SAVOIR=POUVOIR
autorisé validé et référencé
d’où je parle -d’où je viens
Savoir = partage (instrument de reconnaissance de soi de l'autre) qui engendre des solidarités
Savoir = captation, hégémonie rétention de pouvoir d'où une diffusion choisie et sélective créatrice de dette envers la personne qui reçoit
Don du savoir accroît le savoir : enrichissement par le partage
Mise en lien du savoir avec la technique et le pouvoir qui ne permet plus le partage
Reconnaissance de soi et de l'autre
Contractualisation de l'échange : quelle est la valeur que l'on donne ?
Posons la question de la valeur: quelle est celle que l'on se donne à soi même et que l'on accepte de l'autre ?
II. La réciprocité à l'origine de la solidarité
Pour mieux comprendre ce tableau, repartons des principes de base des Réseaux.
Dans les Réseaux, on accepte de donner un savoir en échange d'un autre savoir. Et la personne choisit l'endroit où il souhaite se placer. Nous reconnaissons cependant que cela peut avoir ses limites, ne serait-ce que par l'acceptation des principes de base. Certaines personnes peuvent ne jamais les accepter. Le Réseau n'est pas "la solution", mais une alternative possible parmi d'autres alternatives.
Cette alternative construit la réciprocité en laissant émerger une solution créative : au lieu de s'enfermer dans des représentations figées où chacun a sa place, où chacun est porteur de son "étiquette", cet angle d'approche propose une véritable reconnaissance de l'autre tel qu'il est.
Non pas que la société n'apporte pas de reconnaissance de soi, mais elle apporte des solutions qu'elle considère utile pour la construction du projet de vie, sans permettre à la personne de chercher elle-même ses solutions.
Cette ingérence de "la société" peut mettre à mal le besoin de cohérence de l'individu : elle le place dans un processus de dissociation, sans toujours lui permettre de se poser la question du POURQUOI l'on fait les choses.
A rebours, d'autres personnes ne se construisent qu'en individualités propres, en refusant de prendre conscience des interdépendances de chacun envers tous et des réciprocités et des solidarités qui en découlent.
Les Réseaux refusent d'adopter ces deux positions radicales : il refuse toute inscription religieuse et politique pour rester ouvert à tous, même s'il connaît des difficultés à œuvrer dans le monde traditionnel. En effet, l'intervention du Réseau dans l'espace public n'est pas une notion qui va de soi : beaucoup pensent que ces relations n'ont de sens que dans la sphère privée.
Cela nous amène à la question de la légitimité du Réseau. Cette construction de soi dans une relation transversale à l'autre est une remise en cause du fonctionnement classique de la société. Dans le Réseau, même si les diplômes et les parcours de formation de chacun ne sont pas niés, ils ne deviennent pas une référence absolue engendrant un statut social et une hiérarchie.
Chacun est reconnu tel qu'il est, comme porteur de savoir et comme acceptant de donner et de recevoir un savoir. Du coup, tous les savoirs, quels qu'ils soient, se retrouvent placés sur la même ligne horizontale : il n'y a aucune hiérarchie de savoirs. Attention cependant : nul ne peut nier que certains savoirs soient cependant davantage recherchés que d'autres ! Mais dans la gestion du Réseau, l'accompagnement des personnes permet à chacun de se positionner dans une évolution de son offre de savoirs capable de correspondre aux demandes des membres du Réseau. Cet accompagnement se fera en douceur, pour permettre à la personne d'évoluer à son rythme.
De cette reconnaissance de soi par soi-même et par l'autre pourrait découler naturellement des solidarités. En effet, accepter de reconnaître l'autre; c'est accepter de partager, au-delà des savoirs et des connaissances, des expériences et des visions de la vie différentes. Et de ce nouveau partage peut commencer un dialogue de cœurs à cœurs, d'esprits à esprits, de cultures à cultures qui transcende les limites de chacun pour construire une synergie, un "vivre ensemble" où chacun pourra puiser des ressources. Chacun, à son niveau, nous puisons dans cette synergie et c'est cela qui nous fait grandir.
Dans notre tableau de la première partie, nous apposions la construction du savoir en réciprocité et en échange marchand. Ensuite, dans ce dernier développement, nous avons essayé d'évoquer le lien entre la technique des échanges du Réseau et l'apparition de la notion de solidarité.
Mais nous aurions tort de considérer les deux phénomènes liés par des liens de cause à effet. Dans l'échange marchand apparaît très tôt un cycle. Le savoir se lie au pouvoir et à la technique pour n'être accessible qu'à l'élite. Plus tard, avec le temps, il connaît une plus large diffusion qui lui permet d'intégrer la norme de la société et de servir de critère de différenciation et de jugement.
Rien de tel avec la réciprocité, où la solidarité est la structure même de l'échange. C'est en effet la reconnaissance par chacun de l'interdépendance qui nous lie les uns aux autres qui nous inscrit dans l'échange. Comme l'histoire de la poule et de l'œuf, la solidarité naît de l'échange et en contient la motivation et l'origine.
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«Je n'aime pas les sédentaires du cœur. Ceux-là qui n'échangent rien ne deviennent rien.»[Antoine de Saint-Exupéry] – Citadelle
«Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis.»[Antoine de Saint-Exupéry] – Citadelle
DEUXIEME PARTIE
Outils de découverte de ses potentialités
La malle aux trésors
Dans cette partie, nous allons présenter différents témoignages susceptibles de nous faire pointer du doigt une partie de la vie du REZO! de Mulhouse. Après avoir partagé avec vous notre vision de la solidarité dans la première partie, nous allons la voir "en pratique" et "de visu". Cela nous permettra de dégager dans une synthèse la manière dont le REZO! devient un outil de développement des solidarités.
I. Un bouquet de témoignages
A. Un groupe s'était réuni autour d'une action réflexion "sur les représentations dans le monde du travail" Ressenti des effets de certains participants :
L'originalité du projet tient au fait que l'individu, même en mal-être, donc coupé de sa dynamique, s'est découvert la capacité de transmettre une énergie porteuse au groupe. Chacun a su jouer y jouer spontanément un rôle, en rapport avec ses qualités et ses valeurs propres, souvent en sommeil, parfois insoupçonnées.
Mais ceci n'aurait pu se réaliser sans la critique constructive, les encouragements et la solidarité empreints de bienveillance du groupe envers chacun,...l'un aidant l'autre souvent plus que lui-même, avec un plaisir et une énergie sans cesse renouvelés.
...Au mouvement perpétuel
La somme de toutes les énergies individuelles (participants, intervenants) renvoyées les unes aux autres, a donné naissance à une synergie qui s'autoalimentait en permanence des progrès de chacun.
Le groupe devint alors une formidable dynamique, construite sur le principe de l'échange à tous les niveaux, et du retour de cet échange en un mouvement perpétuel, où chacun s'est donné le libre-arbitre de tracer son propre chemin de vie.
B. Témoignage d'un travailleur social
Redécouvrir ses potentialités, c'est d'abord accepter le risque d'être soi et d'aller vers soi. C'est briser ses peurs et accepter de vivre le RISQUE, en tant que constructeur d'une identité par le biais de la CRISE. Le mot crise n'est pas ici à prendre dans un sens négatif, mais au contraire dans un sens d'ouverture, de dépassement de soi et d'interpellation. C'est en acceptant l'ouverture sur l'autre que l'on reprend conscience de ses potentialités.
Les résidents de la Maison Relais sont des personnes fragiles, dont le parcours est marqué depuis longtemps par l'échec et dont l'identité n'a pas toujours assumé cet échec. Bien plus, beaucoup finissent par se croire contraints à l'échec et n'arrivent plus à se projeter dans un projet de vie.
La deuxième problématique repose sur l'assistanat caractéristique de leurs situations : à force de recevoir leur subsistance de la société par le biais des aides de l'Etat providence, beaucoup ne savent plus donner. Les remettre en position d'être acteur d'un projet, dans le don et dans l'échange, leur permet de se reconstruire une identité forte et de ne plus s'identifier à des étiquettes péjoratives comme celle du RMI, du handicap…
Le résident de la Maison Relais dépasse cette étiquette et ne se définit plus par ses manques ou ses carences mais devient celui qui apprend et celui qui peut faire apprendre. Le passage de l'un à autre est un moment fort, une véritable reconnaissance de soi par autrui qui devient un signe fort pour avancer dans la construction de son projet. Même s'il faut du temps pour apprivoiser cette nouvelle identité, celle-ci redonne des forces pour avancer et pour dépasser ses blocages.
Retrouver la logique du don permet de retrouver l'estime de soi et cela peut aller jusqu'à remettre en cause la dépendance aux médicaments ou aux institutions pour progresser de nouveau en autonomie.
C. Témoignage d'une animatrice du REZO!
"J'ai ressenti une acception mutuelle et une ouverture d'esprit lors des échanges que j'ai effectués. Il y a en effet un besoin mutuel d'apprendre, de recevoir, de s'enrichir et aussi de transmettre afin de se valoriser. Qui que l'on soit, d'où que l'on vienne et quoi que l'on apporte, il y a une crédibilité de son savoir et une reconnaissance, ceci même si l'on n'est pas un "vrai" professionnel, reconnu dans son domaine..."
D. Témoignage d'une participante au REZO!
"Je me sens plus à l'aise dans le Rezo! car nous sommes un groupe de personnes de toutes origines et j'ai même pu créer des liens d'amitié en dehors du plaisir d'échanger des savoirs. "
E. Témoignage d'un enfant de 10 ans
Voici le témoignage d'une enfant, qui propose et reçoit régulièrement des savoirs
"Ca me fait plaisir d'apprendre aux autres parce que je rends un savoir. Et c'est important d'échanger. La différence avec l'école, c'est que dans un échange je reçois quelque chose. J'aime mieux quand même apprendre. Donner un savoir ça m'oblige à réfléchir, c'est plus difficile. La maîtresse elle nous donne des ordres, alors que dans le REZO, j'apprends ce que j'ai envie d'apprendre, ce qui me plaît."
Ci-dessous trois témoignages de personnes en foyer d'accueil -demandeurs d'asile:
F.Témoignage de Jonathan:
"Je suis vraiment heureux de participer aux échanges de savoirs , de continuer à apprendre….et de donner des savoirs.. depuis que je suis dans le rezo j'ai fait connaissance avec des personnes de toutes les origines: européens africains etc , de plus je parle plus facilement avec les autres "
G.Témoignage de Beata:
"avant je restais chez moi dans ma chambre, le rezo m'a aidé à sortir de ma solitude et de mon isolement. Je me sens bien quand je suis dans le rezo. Je peux donner quelque chose que je sais faire"
H.Témoignage de Chemsi:
"je suis venu dans le rezo pour apprendre le français, je suis content de rencontrer des personnes de culture française c'est mieux pour moi. J'ai pu me faire des amis et on parle de tout "
APPORT DU REZO ! MULHOUSE
AU CSC PORTE DU MIROIR
Tout d’abord une redynamisation du centre à travers la venue et le brassage, en tout temps, en toute circonstance, dans le cadre des échanges collectifs et individuels, de personnes de tous horizons. Cette redynamisation s’apparente, comme le dit l’une de mes collègues, à « remettre de la vie dans le centre »
Une nouvelle conception du rapport à l’autre et de fait une nouvelle méthode de travail. Cette nouveauté se traduit dans le cadre de l’élaboration et la mise en œuvre d’un projet partenarial et collectif autour des représentations liées à l’emploi.
Ces deux premiers éléments conjugués, liés aux constats de réussite évidente de la démarche du REZO !, ont eu une incidence évidente et positive auprès de certains salariés du centre, de la Direction et du bureau de l’association. Une incidence qui s’est traduite par une ébauche de remise en question, une réinterrogation de la pratique professionnelle au quotidien avec les publics accueillis.
Mais entre la prise de conscience et la mise en application effective d’un changement de pratiques il y a encore quelques pas…
Quelques pas désormais à franchir concrètement dès 2009 puisqu’une décision émanant du niveau politique de l’association a placé au centre du projet social 2009 – 2011 de la structure une unique finalité : « Mettre en valeur les compétences des habitants», en précisant bien que « nous considérons que chaque personne détient en elle les ressources. Il s’agit donc de structurer l’intervention du Centre pour pouvoir accompagner les habitants, faire émerger et valoriser leur expertise et leurs compétences. » (CF projet Social 2009 – 2011, page 13).
Et qu’à ce titre, elle acte également, dans le cadre de l’animation globale du quartier, « la création des liens avec le Réseau d’Echanges réciproques de savoirs dans le cadre du soutien à l’engagement citoyen. » (CF projet Social 2009 – 2011, page 23).
VI. Synthèse
A travers toutes ces expériences, ce sont les principes des Réseaux qui sont des outils de découverte de ses potentialités. Ces principes : le partage et l'acquisition de savoirs ont des effets induits qui permettent la mise en œuvre de valeurs.
Ces valeurs reposent d'abord sur le besoin fondamental de sentir que l'on fait partie de la Vie, que l'on est utile à l'Humanité.
Même si chacun s'approprie le réseau en fonction de ses problématiques et de ses motivations, il demeure ce dénominateur commun qui donne la possibilité de travailler ensemble.
Ce dénominateur commun, même si l'on peut le recouvrir par d'autres mots tels que la bienveillance, le respect, le non-jugement tente de demeurer pour nous une réalité concrète.
Cette réalité ne pourrait jamais être complètement définie par des mots, aussi savants et aussi bien-intentionnés qu'ils soient, car la richesse de nos expériences est d'une complexité sans cesse croissante.
C'est pourquoi nous essayons de demeurer dans une pratique sans cesse interpellée et sans cesse renouvelée.
Ainsi le réseau devient un espace de construction de son autonomie, un endroit où chacun s'autorise à devenir, à définir ou redéfinir son propre projet de vie.
CONCLUSION
"Si tu brises le noyau de l'atome, tu y trouveras enclos un soleil."[2]
MOUVEMENT PERPETUEL
Si l'on part du postulat de départ que tout être humain est un être social donc ne peut vivre seul, ni même survivre, alors il devra se TENDRE vers l'autre dans son ECOUTE pour se RELIER au MONDE.
De cet effort à se relier au monde naît une COOPERATION ACTIVE matérialisée par une organisation sociale et un TRAVAIL D'EQUIPE.
Cette coopération active engendre une nouvelle impulsion, une SYNERGIE, résultante de l'optimisation et de la démultiplication d'énergies multiples particulières. Elles-mêmes initiatrices d'une intelligence créatrice, la CREATIVITE, mère nourricière de l'acte de création.
La CREATION, dans l'abstraction ou la matière, est à son tour libératrice d'une seule et unique ENERGIE FUSIONNEE, fruit de la mise en commun des énergies multiples et particulières primaires citées précédemment.
De la fission à la fusion…
Si l'on considère que cette énergie fusionnée par l'acte de création est la pierre d'angle de la CONSTRUCTION DU SOI, STRUCTUREE par l'EXPERIENCE, on peut alors découvrir d'autres possibles. Eux-mêmes s'ouvriront sur d'autres possibles, dans une trajectoire d'EVOLUTION où la découverte de nos VALEURS AJOUTEES mène à la connaissance de soi à soi.
Si l'on suppose enfin que la RELIANCE[3] DE SOI A SOI représente l'ultime étape jusqu'à l'ACCOMPLISSEMENT de soi, ET de l'épanouissement qui en résulte…
Nous jaillissons en VIVANCE[4], aux antipodes de la survivance, et dans le libre choix.
Donc au monde.
De la fission à la fusion, une réaction s'enchaîne…
Ainsi,
De la reliance de soi à l'autre, donc au monde…, de fission en fusion d'énergies créatrices en réactions sans chaînes… naît la reliance de soi à soi… qui engendre la vivance.
La vivance étant d'appartenir au monde, donc à l'autre.
De soi à l'autre, donc au monde, on arrive de soi à soi, donc au monde, donc à l'autre…
En un mouvement perpétuel.
En conséquence de quoi l'AUTRE, LE MONDE et moi ne font qu'UN. N'est ce pas cela, finalement, un monde solidaire ?
[1] Citation de Lao-Tseu, sage chinois…
[2] Sayyed Ahmad HATEF ISFAHANI, d'Iran, au XVIIIème siècle.
[3]
[4]